Retrouver le goût des Pommes de nos grands-pères pour préserver la Biodiversité
2010, Année de la Biodiversité
Ce qui, aujourd’hui, devient un enjeu national et d’importance pour les générations futures était à une époque, révolue il y a peu pourtant, une évidence à peine nommée. Pas de nostalgie outrancière, loin s’en faut, le progrès a aussi nombre de qualités. Mais ce qui était banal et normal pour nos grands-pères nous demande actuellement tout un travail de réappropriation.
Pour répondre à la consommation de masse, à l’économie de marché, se sont mis en place des modes de production correspondants. Les variétés au rendement le plus optimal ont été retenues, ainsi que celles qui recueillaient le plus de suffrages auprès de la clientèle que nous sommes. Car si aujourd’hui la Pomme est le fruit le plus consommé en France, il est aussi devenu une marchandise uniformisée, standardisée. Notre goût lui-même a été aseptisé et c’est presque malgré nous que nous choisissons les mêmes variétés aux caractéristiques éprouvées. L’offre répond à une demande préformatée. Toujours pour répondre à la demande croissante, la production intensive a généré l’augmentation de l’utilisation de pesticides, engrais et autres substances nocives.
Toutes ces conditions réunies ont conduit à la disparition de certaines espèces variétales, pire, à une inquiétante mortalité des ruchers, indispensables à la pollinisation.
En quoi les variétés anciennes de pommes peuvent elles aider à la préservation de la biodiversité ?
La réponse semble évidente, c’est un fait. Les variétés anciennes de pommes ou de toute autre espèce végétale d’ailleurs constituent en soi une des clefs de la biodiversité.
Pourtant, la démarche va beaucoup plus loin.
Des 6 à 7000 variétés de pommes recensées, seule une quinzaine sont cultivées et consommées régulièrement dans le monde. En France, la pomme fait partie intégrante du patrimoine végétal, culturel, paysager et ancestral. Nos grands-pères avaient quasiment tous des pommiers. On pourrait presque dire que chacun avait son pommier, d’une variété spécifique, adapté au terrain, au climat, un pour la dégustation (pomme à couteau), cet autre pour le cidre, celui-ci pour la cuisson …
Au pommier était souvent associé un rucher, garant de la pollinisation et donc de la pérennité du verger.
Cultiver de nouveau des variétés anciennes de pommes, méconnues ou oubliées permet de retrouver une vraie biodiversité sur le terrain. La démarche s’accompagne d’une prise de conscience et d’un changement de mode de production. Exit les pesticides : la réintroduction des abris pour les oiseaux et petits animaux prédateurs, l’installation de haies et d’espèces variétales favorables à leur installation vont permettre de relancer le cycle naturel de la chaine alimentaire. L’utilisation minimale de produits phytosanitaires induit la préservation des prédateurs qui vont eux jouer le rôle des pesticides. De plus, les animaux et oiseaux jouent un rôle primordial dans la prolifération des espèces variétales. Le fruit que nous consommons est alors lui aussi plus sain pour notre santé.
La réhabilitation des ruchers est essentielle. De ce point de vue, l’homme ne remplacera pas l’action de l’insecte. Une expérience de pollinisation manuelle menée en Chine a démontré combien le travail était fastidieux, coûteux et ne résolvait pas les conséquences des pesticides.
Nous avons la chance de vivre dans un pays aux multiples visages et paysages. Des climats différents, des sols différents qui permettent de favoriser l’implantation de variétés locales, plus résistantes. Consommer local est également un des enjeux de la biodiversité : moins de transport, moins de traitements, un retour aux cycles naturels et aux saisons. Quand on sait qu’aujourd’hui 60% des pommes servies dans les cantines proviennent de l’étranger, le chemin est encore long.
Pourtant, certains ont décidé de prendre ce chemin. Des associations se créent et réinvestissent des vergers tombés en désuétude ou en font naître de nouveaux. Le savoir se transmet ; la taille, le greffage, l’entretien sont expliqués. Les écoles sont souvent conviées pour que perdure et survive ce patrimoine et pour que nos enfants, eux aussi, retrouvent le goût des pommes de nos grands-pères.
Pour en savoir plus:
www.biodiversite2010.fr
L’abeille et le pommier: http://www.biodiversite2010.fr/L-abeille-et-le-pommier.html
Barbault R. 2006. Un éléphant dans un jeu de quilles. L’homme dans la biodiversité. Seuil. 226p.
http://www.fondation-nicolas-hulot.org
Publié par Isabelle DEFAY
