Fruits anciens et/ou oubliés

Mon grand-père, assis au bout de la longue table, ouvrait ce couteau qui ne le quittait jamais et dont la lame était affinée par les multiples passages sur la pierre à aiguiser. Il prenait la pomme qu’il avait été chercher sur la claie dans la loge, la pelait et m’en offrait un quartier. C’était une pomme, petite et cabossée, un peu tachetée, jaune et rouge…Elle n’aurait pas gagné le premier prix de beauté mais j’ai longtemps gardé en moi le souvenir de sa saveur sucrée …

Redonner vie à ces fruits oubliés, c’est d’abord tenter de les identifier. Il faut savoir sortir des chemins actuels de l’uniformisation du goût, des textures et des couleurs que nous nous infligeons. La route est semée d’embûches mais elle est prometteuse.

Redonner son nom à un fruit ancien, c’est d’abord faire un voyage dans le temps, empreint de poésie et de charme suranné. On y découvre une Cousinotte rouge d’hiver, une Blanche des Wurtembergeois, une Princesse Noble des Chartreux …varietes-de-pommes

Après s’être familiarisé avec les sujets greffés sur franc, les pédoncules, les lenticelles ou encore le paradis, il sera temps de tenter de replanter cette variété ancienne. Parce que chaque variété se distingue par sa résistance, son goût plus ou moins sucré, ses qualités reconnues par exemple pour la cosmétologie, et que d’autres pomologues avertis avaient déjà bien avant nous su déceler.

Ou tout simplement pour le plaisir de pouvoir transmettre une mémoire, la mémoire d’un verger, la mémoire d’un instant et puis qui sait, un jour, voir la mine ravie de ma petite-fille se régaler de cette pomme jaune et rouge, pas très ronde, que me donnait mon grand-père …

Publié par Isabelle Defay